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L’abandon.

« Un seul être nous manque, et tout est dépeuplé ». Qui a dit ça ? Je ne me souviens plus trop. À vrai dire, j’me souviens plus de grand chose, seulement de ce passage. Ce passage de la vie parfaite au cauchemar, du manque de rien à la situation ‘ne ressent rien’. Ce n’est pas seulement une partie de moi qui s’en est allé avec elle, c’est tout mon être avec toute sa puissance et toute mon énergie qui s’est évaporée dans son âme. C’est même probablement pour cette raison que la fatigue qui me suit depuis maintenant trois ans est aussi présente.

Au départ, je n’y croyais pas au changement. Maman m’a dit dans ce lit d’hôpital « Je vais mourrir et alors? On y passera tous. J’ai perdu Papa et j’ai survécue, tu vas y arrivé. T’as fais les courses pour manger ce soir ? ». Comment pouvait-elle aussi forte ? Elle croyait surement que j’étais aussi forte qu’elle. Ce qui s’est révélé ne pas du tout être le cas.

Tout, absolument tout était absurde. Oui, absurde. Au delà de la raison. Cette maladie, cet hôpital, ces frayeurs face au numéro de téléphone de l’hôpital sur mon téléphone, ces gens, ce temps gris. La nuit tombait sur ma vie et c’était plus fort que moi. Qu’est ce qui se passe ? Je pouvais pas être en train de vivre ça, moi. J’étais dans l’absurdité la plus totale pendant que je vivais mes derniers instants avec toi. C’était trop gris, mais t’étais encore là alors il ne pleuvait pas encore dans mon coeur. Un fond de moi savait que tu allais partir, mais il ne voulait pas le reconnaitre. Il se disait avoir de l’espoir te voyant aussi forte. Il ne voulait pas laisser place au tonnerre. Mais avec du recul bien sûr que cette partie de moi le savait, elle ne faisait que refouler les éclairs.

Oui j’avais besoin d’un échappatoire, extrême, ce dont je ne pouvais me passer.  Je ne pouvais pas voir la réalité de ce que j’étais en train de vivre. Perdre l’être le plus cher. Perdre tout ce que je connaissais. Me perdre. C’était ça. Je me suis perdue. Je me suis mise entre parenthèse que j’ai encore du mal à fermer. Quand elle allait partir, je n’aurai plus de parachute. Je perdrai tout mes repères. Je ne serais plus en sécurité. Mais j’essayais de te montrer que j’étais forte. Mais comment être forte maman lorsque la vie t’arrache une partie de toi ? Tu n’es pas seulement partie, la nuit était définitivement tombé et on t’a arraché. La foudre qui s’est cognée à moi est remonté avec toi en un rien de temps que je n’ai rien vu arrivé. C’était sombre, flou et violent. Elle m’a frappé bien fort.

J’ai essayé de me relever, de laisser place au jour. Mais en réalité j’ai juste pas eu le choix de faire preuve de courage et de force. À côté de ça j’ai surtout choisis de m’abandonner. C’était la seule qui ne m’aurait jamais abandonné car je me suis même abandonnée moi même.